Oubliez la vieille image du milliardaire inaccessible : en France, la frontière entre le citoyen lambda et le « riche » commence bien plus bas qu’on ne le croit. Un salaire net de 6 000 euros par mois ou un patrimoine de 500 000 euros, voilà où se dessine cette ligne, d’après le baromètre Odoxa pour Aviva Insurance, Challenges et BFM Business. « C’est notre voisin, notre cousin, notre beau-frère qui a fait un peu mieux et qui a une maison plus grande que nous, une voiture plus grande que nous et qui se rend dans de plus beaux endroits en vacances que nous », observe l’institut, soulignant à quel point la comparaison permanente façonne nos perceptions. Depuis 15 ans, les Français fixent ce seuil de « richesse » à trois fois leur propre revenu.
Un seuil qui n’a pas beaucoup changé
La tentation d’un impôt ciblant les hauts revenus ne faiblit pas : 76 % des sondés soutiennent l’idée d’une taxation spécifique pour les plus fortunés. Parmi eux, 36 % l’approuvent sans réserve et 40 % s’y montrent favorables. Cet élan traverse les clivages politiques, contre toute attente. À gauche, 86 % des sympathisants y adhèrent, mais même chez les Républicains, 60 % approuvent. Les soutiens de La République en Marche ne sont pas en reste, avec 57 % d’opinions favorables.
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Depuis les premiers résultats de cette enquête, la notion de richesse n’a pas véritablement bougé dans l’esprit collectif. Seule exception notable : 2011, année où le seuil d’imposition sur la fortune est passé de 800 000 à 1,3 million d’euros. À ce moment précis, le niveau de fortune perçu comme « riche » a bondi de 500 000 à 1 million d’euros, et le revenu mensuel associé de 5 000 à 6 000 euros. Mais, au fil du temps, la barre semble rester immuable.
Une vision globale négative de la richesse
Pour mieux cerner cette perception, il faut s’intéresser à la façon dont chacun positionne le curseur. Une « personne riche », pour la majorité, c’est quelqu’un qui gagne en moyenne trois fois plus que soi. Mais ce seuil varie : avec un revenu mensuel maximal de 1 500 euros, on estime la richesse à 5 000 euros. Lorsque le salaire grimpe entre 1 500 et 3 500 euros, le seuil monte à 6 000 euros. Au-delà de 3 500 euros, il faut dépasser les 10 000 euros pour que la notion de richesse s’applique.
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La réalité évoquée par le baromètre est limpide : « La mégariche n’entre même pas dans le champ de la représentation mentale des personnes interrogées (…) les riches qu’elles représentent sont des personnes qu’elles peuvent voir au quotidien. » Ce sont donc des figures familières, à portée de regard, qui incarnent la réussite financière.
Mais cette réussite fascine autant qu’elle dérange. Même si 73 % des Français reconnaissent qu’il est sain d’aspirer à améliorer sa situation et à devenir riche, plus de la moitié (53 %) avouent avoir une mauvaise opinion des personnes aisées. Les clichés persistent : 63 % les soupçonnent de chercher à échapper à l’impôt, et 27 % les perçoivent comme des « égoïstes » qui ne s’engagent pas suffisamment pour l’intérêt général. La richesse inspire la méfiance : 82 % des personnes interrogées estiment qu’elle reste mal vue dans la société française, alors qu’à peine 4 % des sondés s’estiment eux-mêmes « riches ».
En France, la richesse demeure une ligne de crête, visible mais rarement franchie. Chacun scrute le niveau au-dessus, sans jamais se sentir concerné. La prochaine fois que vous croiserez ce voisin à la belle maison, demandez-vous : à quel moment devient-on vraiment « riche »,et qui est prêt à endosser ce rôle dans le miroir collectif ?

