Recruter une personne en situation de handicap, un vrai atout pour l’entreprise

Oubliez les discours formatés sur la diversité : la réalité est bien plus concrète. Recruter une personne en situation de handicap n’est pas un acte de charité, mais une décision qui façonne positivement l’entreprise, autant sur le plan humain qu’économique. La loi du 8 août 2016 a d’ailleurs mis en place un véritable levier pour soutenir ces embauches. À l’occasion de la Journée internationale des personnes handicapées, il est temps de regarder de près ce que le recrutement de collaborateurs handicapés apporte réellement, et comment l’État accompagne cette démarche.

Crise sanitaire et handicap : état des lieux

Face aux secousses de la crise sanitaire, le gouvernement a déployé plusieurs mesures spécifiques pour préserver l’accès à l’emploi des personnes en situation de handicap. Les entreprises, elles, doivent conjuguer performance et responsabilité sociale, le fameux pilier RSE. Sur ce terrain, la perception évolue lentement : d’après une étude Agefiph, 96 % des employeurs estiment que l’intégration des salariés handicapés se passe bien. Pourtant, 66 % jugent le recrutement complexe. La raison ? Un déficit d’information sur les aides disponibles et, plus largement, sur les besoins réels des candidats concernés. Ce flou nourrit la réticence, alors même que des dispositifs existent pour accompagner chaque étape du parcours.

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Obligation d’emploi : ce que prévoit la loi

Depuis 1987, toute entreprise d’au moins 20 salariés doit compter au moins 6 % de collaborateurs en situation de handicap, en CDI ou CDD. Le non-respect de cette règle entraîne une contribution financière comprise entre 400 et 600 fois le Smic horaire, reversée à l’Agefiph. Attention : il n’est pas permis de réserver explicitement une annonce à ce public, la loi l’interdit.

Si 82 % des entreprises affirmaient il y a peu connaître la réglementation, les évolutions récentes rendent utile un rappel sur les points suivants :

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  • La loi du 11 février 2005 garantit l’égalité de traitement pour les personnes handicapées, tant à l’embauche qu’au cours de la carrière. Tout manquement expose l’employeur à des poursuites civiles et pénales.
  • Le secteur privé (dès 20 salariés) doit intégrer au moins 6 % de personnes relevant de l’obligation d’emploi, notamment celles ayant la RQTH (Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé).
  • Si la barre des 6 % n’est pas franchie, l’entreprise verse une contribution à l’Agefiph ou, dans le public, au FIPHFP.
  • Depuis le 1er janvier 2020, toute entreprise privée doit déclarer chaque mois le nombre de salariés handicapés via la DSN (Déclaration sociale nominative).
  • En 2021, les employeurs de 20 salariés et plus doivent effectuer une déclaration annuelle sur l’emploi de travailleurs handicapés pour l’année précédente, toujours via la DSN.
  • Les structures employant 250 personnes ou plus doivent désigner un référent handicap chargé de l’accompagnement et de la sensibilisation en interne.

Quels dispositifs pour l’embauche ?

Aide à l’accueil, l’intégration et au développement professionnel

L’intégration d’un salarié handicapé peut être accompagnée financièrement, dès lors que le contrat (CDD de 6 mois minimum ou CDI) prévoit au moins 24 heures hebdomadaires. L’aide, jusqu’à 3 000 euros, permet de couvrir partiellement les frais liés à l’accueil, l’accompagnement lors de la prise de poste ou l’évolution professionnelle. Elle peut être sollicitée auprès de Cap Emploi, Pôle Emploi, la Mission locale ou l’Agefiph, et se combine avec d’autres dispositifs d’État ou régionaux.

Adapter le poste de travail

Aménager un poste, investir dans des logiciels spécifiques, organiser un tutorat ou recourir à une transcription en braille : ces coûts peuvent être pris en charge grâce à une aide ponctuelle, attribuée sur avis médical. Elle s’adresse aussi aux travailleurs indépendants confrontés à de nouvelles difficultés du fait de leur handicap. Le montant dépend des besoins identifiés, dans une logique de compensation stricte. Pour rendre l’aide durable, il faut engager une reconnaissance de la lourdeur du handicap (RLH), ouvrant droit à l’AETH. La demande est à adresser à l’Agefiph.

Recherche de solutions pour maintenir l’emploi

Quand la situation de santé d’un salarié remet en cause son maintien dans l’entreprise, une aide forfaitaire (2 000 euros) peut être mobilisée pour financer études et temps de concertation. Cap Emploi en est le prescripteur. L’aide, non renouvelable, peut toutefois s’additionner à d’autres soutiens Agefiph.

Contrat de professionnalisation : quels avantages ?

Opter pour un contrat de professionnalisation offre plusieurs bénéfices concrets :

  • Exonération des cotisations patronales sur l’assurance sociale et les allocations familiales
  • Prime à l’embauche pour les demandeurs d’emploi de plus de 45 ans
  • Appui ciblé pour les entreprises de plus de 250 salariés qui emploient au moins 5 % d’alternants
  • Exemptions et aides spécifiques pour les alternants en situation de handicap, les plus de 26 ans et certains groupements d’employeurs (GEIQ)

À noter : l’apprenti n’est pas inclus dans le calcul des effectifs, ce qui évite de franchir certains seuils générant de nouvelles obligations (CSE, cotisations supplémentaires…)

Former pour maintenir dans l’emploi

Quand le handicap survient ou s’aggrave, ou que l’environnement professionnel évolue, il est possible de solliciter une aide dédiée à la formation. Celle-ci permet d’adapter la qualification du salarié et peut être renouvelée, tout en restant cumulable avec d’autres dispositifs. Comme pour l’alternance, l’apprenti ne compte pas dans les effectifs, limitant l’impact administratif pour l’employeur.

Embaucher en alternance ou en apprentissage

L’AMEETH encourage l’embauche de personnes handicapées en contrat de professionnalisation ou d’apprentissage. Cette aide concerne toutes les structures privées et associatives, et vise exclusivement l’employeur. Pour y prétendre, plusieurs critères doivent être respectés :

  • Le salarié doit avoir la RQTH (Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé)
  • Sa rémunération ne doit pas dépasser deux fois le Smic, soit 3 179 euros bruts mensuels
  • L’embauche s’effectue en CDI ou en CDD d’au moins 3 mois
  • Le contrat doit être signé entre le 1er septembre 2020 et le 31 décembre 2021
  • L’employeur doit être à jour de ses cotisations, déclarations et paiements
  • Aucune autre aide de l’État ne doit être perçue pour la même embauche
  • Le poste n’a pas été supprimé pour motif économique depuis le 1er janvier 2020
  • Le salarié ne doit pas déjà être présent dans l’entreprise au 8 octobre 2020 sur un contrat hors dispositif

L’aide peut atteindre 4 000 euros par salarié, calculée au prorata de la durée et du temps de travail. La demande se fait en ligne via la plateforme SylaÉ, sans obligation de créer un compte pour les nouveaux employeurs. Les habitués peuvent se connecter avec leurs identifiants.

AETH : une aide de compensation durable

L’AETH intervient une fois le poste adapté, pour compenser les conséquences du handicap sur l’activité. L’employeur doit adresser une demande de reconnaissance de la lourdeur du handicap. L’aide, versée par trimestre pour trois ans (renouvelable), représente :

  • 5 764 euros en version minimale
  • 11 475,60 euros pour la majoration maximale

La demande s’effectue auprès de l’Agefiph. C’est une ressource stable qui sécurise l’intégration sur la durée.

Pourquoi miser sur les talents en situation de handicap ?

La réalité est têtue : même si la loi exige 6 % de salariés handicapés dans les entreprises de plus de 20 personnes, à peine une société sur deux respecte ce quota. Pourtant, intégrer un collaborateur en situation de handicap transforme l’entreprise, au-delà du respect des normes.

  • Une motivation visible : les études montrent que les salariés handicapés s’investissent souvent plus que la moyenne pour faire valoir leurs compétences et dépasser les préjugés. Selon Malakoff Médéric (2015), près d’un quart d’entre eux cherche sans cesse à progresser et à prouver leur valeur.
  • Une image d’entreprise renforcée : recruter une personne en situation de handicap, c’est afficher un engagement concret pour l’inclusion. Ce choix sensibilise aussi les équipes en interne : la différence devient un atout, et non un frein, chacun mesure que le potentiel ne dépend ni d’un statut, ni d’une étiquette.

Reste alors à transformer ces obligations en dynamique collective : chaque recrutement peut devenir le déclic qui change le visage de l’entreprise, et, peut-être, la perception de tout un secteur.

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